La chasse est ouverte.

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La chasse est ouverte.

Message par Küruleth1 le Mar 26 Déc - 15:28

Le speeder commençait à ralentir. Instinctivement, Küruleth arbora une moue dépitée. Elle savait bien que cela devait finir à un moment donné, mais était ce obligé que cela se termine si vite ?
Elle avait déjà entendue l'expression "vivre à 100 à l'heure", mais ce n'est que quand son père l'avait emmené en speeder quelque part pour la première fois qu'elle avait commencé à comprendre ce que cela voulait dire. Les paysages qui défilent à toute allure, le vent qui vous martelait le visage, le sable qui rugissait, les moteurs qui grondaient...elle se sentait presque dans un monde à part, assise à l'arrière du véhicule, avec ses petites mains frêles cramponnées aux hanches de son père.
A cette place, elle n'était plus la petite fille tapageuse que personne n'aimait, mais la combattante de Tatooine, celle qui bravait les éléments déchainés le sourire aux lèvres tout cela par ce qu'elle pouvait aller vite.

Dans la description qu'elle se faisait d'elle cependant, Küruleth oubliait volontiers que ce n'était pas elle qui conduisait. Mais la dure réalité lui revint en plein visage en même temps qu'une poignée de sables alors que le speeder, qui avait perdu graduellement en vitesse, freina brusquement, recevant dans le  même coup une protestation grinçante du moteur.
L'enfant lâcha un toussotement irrité, s'époussetant le visage sans s'empêcher d'entendre le ricanement amusé du pilote, qui déjà se levait du véhicule.

- Eh ben, t'en as une sale gueule.

Küruleth eut la brusque envie de répondre quelque chose approchant le "Va chier", mais une bande de grain de sable particulièrement audacieuse avait infiltré sa gorge, et un toussotement salvateur lui empêcha de formuler sa réplique. Ce qui, avec un peu de recul, ne lui apparut pas foncièrement comme une mauvaise chose, puisqu'elle aurait reçu une gifle monumentale pour avoir prononcé quelque chose dans l'ordre de ce qu'elle avait pensé.
Même si laisser cette petite victoire à son père lui en coutait, l'enfant jugea que cela valait sans doute mieux pour elle. Pour le moment du moins.
Elle se contenta donc de lui jeter un regard noir, ou ce qui y ressemblait étant donné qu'elle avait les yeux rougis par le sable.

Son père était un homme d'aspect banal, pas particulièrement musclé, pas particulièrement enrobé, pas particulièrement maigre, pas particulièrement grand, pas particulièrement petit...Küruleth avait envie de hausser les épaules dès qu'elle s'imaginait le décrire.
Il ressemblait à n'importe qui et pouvait être remplacé par n'importe quoi.
L'enfant imaginait d'ailleurs assez souvent que son père avait changé pour une race plus exotique.
Elle avait déjà vue un Wookie dans une ruelle de Mos Kanda, et avait supposé que s'enlacer à une telle chose devait être exceptionnellement agréable. Et puis elle s'était souvenue que son père ne l'étreignait jamais, alors elle avait envoyé ce gros cailloux sur l'étalage de fruit juste en face. Le vendeur, un Rodien rabougri, l'avait poursuivit en vain sur au moins deux cent mètres avant de lâcher prise et de lui envoyer une bardée de juron qu'elle n'avait pas saisi. Mais son ton indigné d'alien crasseux avait fait beaucoup rire l'enfant.
Une autre fois, elle avait imaginé que son père était un Ortollien, ces petits êtres bleu ridicules qu'elle estimait pouvoir casser en deux sans mal, même à son âge. Les rôles auraient été différent, si cela avait été cet alien ! Finis les remontrances, et les coups. Il se serait uriné dessus en balbutiant des excuses dès que Küruleth aurait un peu levé la voix. Mais avoir un père Ortollien...c'était un petit peu ridicule, tout de même.

Une race qui avait un peu plus de charme était les Nikto. Ah, si son père avait été un Nikto...certes, elle aurait eu des corrections beaucoup plus douloureuses, mais au moins son père ressemblerait à quelque chose, songeait elle. Il n'aurait pas eu cet aspect complètement flasque et insipide.
Non, cela aurait été un fier combattant Nikto, un caïd intrépide et sans peur, qui terroriserait toute la ville. Tout le monde lui...

- Oh tu m'écoutes ?

La voix de son géniteur ramena brusquement Küruleth à la raison. Elle reporta son regard sur son père, faisant une petite moue déçue. Elle n'avait pas eu de Nikto. Mais un homme lambda, au cheveux bruns lambdas, aux habits sales lambdas et mal rasé, de surcroit.

- Descend.

La petite fille se plia à l'ordre en soupirant, quittant définitivement son monde de speeder. Au retour, songea t'elle, ils recommenceraient à filer comme l'éclair. Cette pensée lui arracha un petit sourire.
Küruleth se rendit brusquement compte que le voyage en speeder l'avait tellement absorbé qu'elle n'avait même pas remarqué qu'ils étaient maintenant devant la ville de Mos Chancla, plus précisément dans ce qui s'apparentait être une petite aire pour garer les speeders, abrités sous une vaste bannière orangée qui tenait via quelques longs bâtons branlants.
De là où ils étaient, on ne voyait guère la ville, si ce n'est quelque bâtiments couleur sable agglutinés ça et là. Mais, songea l'enfant, toutes les villes de Tatooine se ressemblaient de toute façon.
Des rassemblements de désœuvrés, criminels ou non, qui se réfugient dans des cahuttes sordides en priant que des hommes des sables où des tempêtes ne les tuent pas. Des personnes insipides qui vivaient figés dans leur routine barbante, trop lâche pour avoir le cran de quitter la parodie de confort qu'ils possédaient, se satisfaisant d'un train de vie morne, alors que l'aventure et l'action tendaient des bras au delà de leur porte.
Les seuls villes avec un tant soit peu de diversité et d'activité, avec des Hutts dedans en somme, n'étaient pas l'apanage du père de Küruleth, qui, pour une raison qu'elle ne connaissait pas, préférait les hameaux perdus dans le désert. La bière y était sans doute moins cher, songea l'enfant avec une pointe d'amertume amusée.
Mos Chancla était à l'image de tout les hameaux de Tatooine. Le seul intérêt que Küruleth y trouvait était de casser la figure des gamins plus désœuvrés qu'elle.

- Qu'est ce qu'on fout là ? grogna l'enfant en avisant la ville avec lassitude.

- T'occupes, renifla le père. Toi tu restes au speeder.

La petite fille tourna vivement un regard indigné vers son géniteur. Sa voix se leva dangereusement vers les aigus.

- Quoi ?! Mais pourquoi tu m'as emmené si j'dois rester là ?!

Il haussa les épaules avec nonchalance.

- Parce qu'au camp t'aurais foutu la merde encore. Dès qu'j'te regarde pas tu fais n'importe quoi, Küru.

- Ouai bah si je reste au speeder tu vas pas me regarder.

Elle s'était exprimée avec une défiance non dissimulée, bombant le torse et toisant son père droit dans les yeux, un sourire insolent sur le visage.
Qui ne dura toutefois pas très longtemps, car la main gantée de son père vint l'effacer dans une peu subtile mais néanmoins violente gifle.
La tête de l'enfant, emportée par l'élan, chavira dangereusement dans un hoquet de surprise, et bientôt le corps entier de la petite fille suivit le mouvement, tant et si bien qu'elle perdit l'équilibre et chuta tête la première dans le sable.
Les émotions de Küruleth se bousculèrent. La douleur abrutissante de la gifle, bien sur. La surprise de l'assaut. Mais aussi, et surtout, l'humiliation de finir dans le sable, une fois de plus, devant son père. L'impuissance était le pire dans cette situation. Elle pouvait répliquer, hurler, pleurer...fondamentalement, cela ne changerait rien. Son père pourrait toujours lui coller une trempe quand il le voulait. Et elle ne pouvait rien y faire.
De frustration, des larmes perlèrent au coin des yeux de l'enfant, et elle renifla bruyamment.
Son père soupira.

- C'est ça, chiale. En attendant, tu bouges pas de là, pigé ?

Devant le silence mutin de l'enfant, il leva les yeux au ciel. Dans un soupir, il s'accroupit face à elle, et posa sa main sur son épaule, l'obligeant d'une pression sèche à le regarder en face. Ce que Küruleth ne fit évidemment pas, détournant immédiatement le visage dans un reniflement boudeur.
Excédé, son père lui saisit le menton de l'autre main d'un geste brusque pour l'obliger directement à orienter son regard dans sa direction. Ce à quoi Küruleth répondit en fermant purement et simplement les yeux.

- Oh, Küru ! R'gad moi ! lâcha son père d'une voix exaspérée.

Pas de réponse.

- Oh putain...expira t'il avec fatigue. Il prit un instant pour reprendre une brève inspiration, cherchant ses mots. D'une voix plus calme, mais pas dénuée de tension pour autant, il reprit. Pourquoi tu fais toujours ça, Küru, hein ? C'est quoi ton délire ? C'est quoi le problème ? T'as pas envie que ça se passe bien, un peu ? Nan ? Tu te dis pas que ça serait mieux si je devais pas gueuler tout le temps ?


Toujours rien. Son père se résigna d'un ton las.

- Bon. Si tu bouges de c'parking ça va chier. Et je déconne pas.

Il se redressa avec empressement, et se dirigea vers Mos Chancla. Toutefois, il s'arrêta en cours de chemin, se tournant vers sa fille, encore prostrée au sol. Il se pencha doucement en avant, et lui murmura.

- Mais si tu peux piquer des trucs sans trop de problèmes dans les speeders, là...t'hésites pas hein.

Puis il reprit sa route, rassuré, laissant Küruleth à son sable et ses sanglots.



Alors que la silhouette du père s'éloignait, Küruleth ne put s'empêcher de se retourner mollement et de le regarder disparaitre au loin. Ses yeux humides et collées par le sable suivaient le trajet de l'homme, des étincelles de haine dansants dans leurs éclats. Ses dents se crispèrent dans une grimace colérique, et le venin dans sa propre voix surprit elle même la fillette lorsque les mots franchirent ses lèvres.

- Tu vas voir si j'vais hésiter...

D'un soupir froissé, l'enfant passa sa main sur sa joue endolori. Il y avait été fort, cette fois, plus que d'habitude. A moins que ce ne soit elle qui devenait moins endurante ? Cette pensée fit frissonner Küruleth, qui décida qu'elle avait passé trop de temps par terre.
Elle se redressa d'un grognement lourd, observant rapidement les alentours, tachant de voir s'il y avait eu des témoins de cette énième humiliation.
Les quelques badauds qui trainaient autour de leur speeder semblaient trop accaparés par leur tâche pour avoir remarqué quoi que ce soit, ou bien feignait de ne pas y avoir prêté attention. Bandes de lâches, songea l'enfant, maussade.

C'était ainsi. Personne ne l'aidait jamais. Non pas que Küruleth demandait de l'aide, ou bien en attendait. Elle avait vite constaté que personne ne se souciait d'autre chose que de son nombril, et étant donné qu'elle n'était l'enfant de personne, personne n'irait prendre sa défense quand son père lui mettait une claque en public.
L'enfant s'était vite fait une raison, elle ne pouvait compter que sur elle même.  
Elle détestait son père, son père la détestait, et tout le monde s'en fichait. Et, son père étant de fait bien plus fort qu'elle, il lui mettait des claques. C'était normal, il était plus fort donc il pouvait le faire. Pourquoi est ce qu'il se serait privé ?

Pourquoi se priverait il aussi du fait de piller des convois de marchands ? Il avait un blaster, savait s'en servir, une bande autour de lui...il pouvait le faire, et très facilement. Alors pourquoi est ce qu'il ne l'aurait pas fait ?
Que pouvait faire Küruleth facilement ? Rien. Enfin...pas tout à fait. Elle pouvait désobéir. C'était très facile, d'ailleurs. Et elle ne s'en privait pas.

Malgré la douleur qui lui élançait toujours la joue, ce fut d'un pas guilleret que l'enfant sautilla en direction des ruelles de Mos Chancla.

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Re: La chasse est ouverte.

Message par Küruleth1 le Lun 1 Jan - 20:28

Küruleth avait déjà visité, plus ou moins clandestinement, Mos Chancla, mais cette ville ne lui avait fait tellement pas d'impression qu'elle s'en souvenait à peine.
Il fallait bien dire que rien ne respirait l'originalité, et il aurait été aisé de remplacer ce grand hameau par un autre, Küruleth doutait qu'elle y aurait vu une grande différence.
Il devait y avoir - après une brève estimation de la vue d'ensemble - peut être une quarantaine de structures. Ce n'était pas vraiment un hameau, songea l'enfant en s'approchant, mais plus...un village ? Un gros village ? A partir de quand considérait t'on qu'un ensemble de maison était une ville ou un village ? Y avait il un texte officiel sur Tatooine indiquant ce genre de chose ?
En l'absence de loi sous les yeux, Küruleth décida arbitrairement de nommer Mos Chancla "hameau pourri".


Il y avait peut être près de quarante structure, mais par la Force elles se ressemblaient toute. Quand ce n'était pas des petites maisons carrés couleur sable, avec un toit en forme de sphère, c'était des structures rectangulaires faites en bois fatigués, avec des enseignes paresseuses qui ornaient ce qui devait faire office de magasin.
Il y avait bien deux ou trois tours qui surplombaient quelques bâtiments, cassant un peu la monotonie de l'horizon, mais rien de très excitant aux yeux de l'enfant.


Arrivant à l'entrée du tout récemment nommé "hameau pourri", Kûruleth constata que le chemin se divisait en deux larges allées. C'était le début d'après midi, et, alors que les deux soleils dominaient les cieux dans toute leur chaleur, les habitants déambulaient dans les rues à un rythme soutenu.
La plupart retournait à leur travail après une sobre pause déjeuner, et un calme assommant régnait entre les maisons, à peine secoué par le bavardage morne des quelques badauds.
Küruleth fit instinctivement la moue. Qui pouvait bien vouloir vivre dans un trou pareil ? Elle avait envie de bailler rien qu'en contemplant les alentours.
Cela ne l'empêcha pas de remarquer la silhouette de son père de dos, marchant à une petite vingtaine de mètre dans l'allée de gauche.


Jugeant plus intéressant de désobéir sans recevoir la correction de sa vie dans le même temps, Küruleth s'engagea vers le chemin de droite. La petite fille était encore recouverte de sable, et les quelques passants qu'elle croisa la toisaient avec une moue soi dubitative, soi amusée. L'enfant fit de son mieux pour les ignorer, et pressa le pas en se retenant de leur lancer un regard noir. Autant éviter de leur donner la satisfaction d'avoir son attention, après tout.
Après quelques pas tendus, la petite fille commençait à désespérer de trouver quelque chose susceptible de la divertir, et envisagea même de retourner au speeder.
Elle ne savait pas trop ce qu'elle espérait trouver, à dire vrai.

D'ordinaire, elle aimait les magasins et les étals de marché. Ce n'était certes pas une grande voleuse, mais elle courrait vite. Et, jusque là, personne n'avait pu réussir à l’arrêter. Même si dans la moitié des cas elle n'arrivait pas à voler quelque chose de fondamentalement précieux, la fuite qui suivait son vol la faisait toujours rire après coup.
Son plus gros record restait une pièce de moteur de speeder quasiment neuve. Elle n'avait jamais oublié le visage de son père quand il avait découvert l'objet deux jours plus tard dans le sac de couchage de Küruleth.
Et puis, parfois, elle arrivait à racketter des enfants de plus ou moins son âge. C'était un peu plus difficile, il fallait un endroit relativement désert. Une fois, toute une bande était venue au secours de leur camarade et Küruleth s'en était sortie avec une belle collection de bleus, un coquard peu esthétique, et quelques morsures de ça et là.

Depuis, elle s'obligeait à plus de précaution. Ce qui était amusant, c'est que dans la plupart des cas, ils ne se laissaient pas faire, et cela se terminait en bagarre.
Et, sans se vanter, Küruleth était plutôt douée pour casser des figures. Elle se sentait incroyablement détendue quand elle devait en venir au main, et se découvrait une vivacité nouvelle au point même que, parfois, elle anticipait les coups maladroits de ses adversaires avant même qu'ils ne les portent.
Elle était de fait toujours très confiante quand il fallait se battre, et prenait un malin plaisir à voir son adversaire sangloter à ses pieds. Avec un peu de recul, c'était même plus amusant de se battre que de racketter. Finalement, racketter ce n'était que le prétexte pour ouvrir les hostilités, et si en plus on pouvait récolter un crédit ou deux...


Mais ici, rien de tout cela. Pas d'étal, pas d'enfant isolé, pas de magasin...pas même un semblant d'animation. Juste des fermiers en haillons qui marchaient dans un hameau pourri. Küruleth soupira de déception.


Mais soudainement, comme si le destin lui offrait un coup de pouce bienvenu, un bruit lancinant de mandoviole parvint aux oreilles de l'enfant. Rejoint bientôt par quelques notes de nalargon, elle jugea qu'il devait y avoir un groupe qui jouait dans les environs. Cela ressemblait à un air plutôt mélancolique, voir assez triste, mais que voulez vous.
C'était déjà mieux que se promener couverte de sable au milieu des péquenots, jugea t'elle.
Haussant les épaules, la petite fille se dirigea en direction du bruit, qui à l'oreille se trouvait droit devant elle, et ne tarda pas à tomber devant la façade d'un bâtiment plus imposant que la moyenne.
De forme rectangulaire, il trônait entre deux maisons sales, arborant triomphalement des murs blanchâtres propre, brillant presque sous le feu des soleils.
Il n'avait pas de fenêtres, mais la porte de bois plantée dans le mur était à double battants, laissant échapper la musique qui venait de l'intérieur. Un panneau de néon orangé surplombait la porte, indiquant en basic La cantina des héros brisés.
Une petite note en néon rose était apposée en dessous : "L'eau la moins cher de ce coté de la galaxie !".


Un homme en manteau brun était assis à l'extrémité d'un des murs du bâtiment. Une capuche couvrait son visage et il fixait le sol, sans doute un mendiant. Ou pire, un jawa.
Küruleth jugea qu'il ne valait mieux pas essayer de confirmer son identité en s'approchant de l'individu, et préféra s'avancer vers la porte des lieux, poussant la porte à double battants avec précaution.


La première chose qu'elle sentit fut une agréable fraicheur lui caresser le visage. Habituée à vivre sous deux soleils de plombs, l'enfant savourait toujours avec bon accueil la fraicheur de la nuit, ou en l’occurrence la douceur d'un air conditionné.
Une technologie que tout le monde ne pouvait pas se permettre sur cette planète. Intéressant. Ce genre d'information était toujours bonne à prendre.
Passée cette première sensation, les yeux de Küruleth détaillèrent les alentours.


La cantina était faiblement éclairée par quelques néons timides, mais l'obscurité latente n'arrivait pas à dissimuler que les lieux étaient pratiquement vide. La majeure partie de la salle était consacrée à des chaises et des tables, toutes vides.
Dans le fond de la pièce se tenait un comptoir assez large. Il était aussi sombre que le reste de la pièce, mais les dizaines de bouteilles de liqueurs exotiques qui brillaient derrière lui dans une énorme armoire de verre illuminaient de leur reflet la structure en bois du meuble.
Avachi coté barman, un humain ventripotent avec quelques poils blancs sur le crâne regardait fixement un holo écran juché sur le mur opposé tout en croisant les bras avec mollesse. C'était visiblement une chaine musicale, et l'origine de la musique triste qu'elle avait entendue.
Un homme vêtu d'un long manteau sale avait la tête allongé sur le bar, dos à Küruleth. Il était un peu tard pour dormir, songea t'elle, mais les soulards n'avaient jamais d'heure pour cuver leur vin.  

Elle remarqua en dernier l'humaine malingre en tablier, les cheveux coupés courts et les traits tirés, occupés à agiter son balai d'un geste rigide entre deux tables. Ce fut cette dernière qui l'apostropha en première d'une voix aigre.

- Rentre pas, t'vas foutre du sable partout !

A ces mots, le barman leva les yeux de l'écran. Il considéra l'enfant tout d'abord d'un air perplexe, avant de froncer des sourcils. L'homme assoupi, lui, ne broncha pas.

- Ouai gamine, va faire un brin de toilette avant de venir dans mon bar.

Küruleth haussa les épaules.

- J'visitais juste.

Le barman secoua doucement la tête.

- Si tu consommes pas, tu te barres. Et même si tu consommes, c'est sans en foutre partout sur le parquet.

- Okay, c'est bon...

Non sans épousseter un peu de sable sur son épaule gauche vers le parquet, Küruleth tourna les talons, alors qu'une voix grave rejoignait la mélodie des instruments de l'holo.


Il existe une maison à Coruscant...



La petite fille s'avisa un instant, et, d'un soupir las, elle reconnu que ce barman avait raison : elle était un peu trop sale. S'asseyant non loin de la porte de la cantina, à une distance respectable du jawa/mendiant tout de même, elle entreprit de s'épousseter sans grande conviction. Tu parles d'une sortie...


...qu'on appelle le Soleil levant.


Ce fut à ce moment là qu'elle les remarqua. Trois silhouettes, en armure bleuâtre propre et brillante, surmontés d'un casque avec une visière en forme de T. Le cliquetis de leur pas lui fit lever la tête, et elle haussa doucement un sourcil.
Ces types n'avaient rien à voir avec les badauds locaux, et ils se dirigeant d'un pas décidé vers l'entrée de la cantina. Sans qu'elle ne le réalise vraiment, Küruleth se mit à sourire. Ces types transpiraient la classe.


Et elle fut la ruine de bien de pauvre Coruscantii.


L'individu au milieu du trio était sans nul doute le plus imposant. Il dépassait les deux autres d'une bonne tête, et son armure était bien plus épaisse, dissimulant mal une musculature développée. Par réflexe, Küruleth regarda la ceinture des hommes, et elle ne s'y trompa pas : de beaux blaster y trônaient, le genre de gadget capable de percer un trou dans une maison, de traverser deux murs, et d'éclater ton crâne qui se trouvait au bout.


Et la Force sait que j'en fais partie.


Les trois individus ignorèrent totalement Küruleth, tout comme ils ignorèrent le jawa/mendiant, avant de pousser la double porte de "La cantina des héros brisés".
Instinctivement, l'enfant s'approcha de la porte et risqua un regard à l'intérieur. La balayeuse avait rapproché son balai de son corps comme si cela avait été un bouclier personnel, et le barman s'était complètement redressé. A en juger par son expression, il venait juste de déglutir.


Oh Mère, dis à tes enfants.



La voix grave et métallisée de l'homme en armure le plus imposant retentit par dessus la musique alors qu'il dégainait son blaster.


- On t'avait prévenu.


Ses deux acolytes mettaient en joues la balayeuse et soi le barman, ou soi l'homme endormi au comptoir, c'était difficile à déterminer. Le teint de la balayeuse et du barman virèrent au blanc craie.


De ne pas suivre leur père.



Le barman leva les mains en signe d'apaisements, mais son geste tremblotant manquait cruellement de conviction, jugea Küruleth. Sa voix paniquée avait quelque chose qui évoquait le couinement d'un rat-womp.


- Attends, attends, c'est un malentendu ! Et puis, tu vas quand même pas me descendre en plein jour dans mon bar ?!


Passez vos vies dans le vice et la misère


L'homme en armure eu une expiration dédaigneuse.


- Comme si quelqu'un allait lever le ptit doigt pour un merdeux dans ton genre. Va te faire foutre.


Et il tira. Le blaster atteignit le barman en plein front qui s'effondra dans un cri grave au milieu de ses bouteilles, son armoire de verre s'effondrant sur sa dépouille.
Les deux autres hommes en armures vidèrent leur cellule d'énergie sur la balayeuse et le client assoupi, qui glissèrent tout deux sur le sol dans une synchronisation parfaite.


Dans la maison du Soleil Levant.


Le plus imposant des hommes en armure renifla avec morgue, redressant son blaster encore fumant.


- Voilà ce qu'il en coûte d'emmerder Küruleth.


Et ce fut malheureusement à cet instant que cette dernière réalisa que rien de tout ceci ne s'était passé.


Elle était stupidement là, devant "la cantina des héros brisés", à nettoyer le sable dont son père l'avait gratifié. Aucun individu en armure n'était venu, aucun tir de blaster, rien. Personne n'avait lavé l'affront que le barman avait commis.
Un jour, songea t'elle en soupirant. Un jour j'aurais mon propre gang, et le premier qui me parlera comme ça, on le repassera tellement de fois que ses propres parents le reconnaitront pas.
Mais pour l'heure, Küruleth n'avait que son imagination où cette réalité était possible.


Finissant d'épousseter les derniers grains de sables maculant sa tenue, l'enfant se résigna, la mort dans l'âme, à rejoindre le speeder.

Küruleth1

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Re: La chasse est ouverte.

Message par Küruleth1 le Dim 14 Jan - 17:00

Cela devait au moins faire trois jours que Küruleth était assise contre ce speeder. Du moins, c'est le temps qu'elle aurait estimé si on lui avait demandé depuis combien de temps elle attendait le retour de son père.
La mort dans l'âme, elle avait trainé des pieds jusqu'au véhicule, vaincue par l'ennui morne de cette ville plate. Rien à voler, aucune victime à racketter...certes l'enfant n'avait pas exploré tout le secteur, mais elle ne souhaitait pas courir le risque de se perdre dans cet environnement inconnu, ou pire, tomber sur son père en pleine escapade.
Et puis, quelque chose lui disait que tout les environs devaient être aussi creux que ce qu'elle avait entrevue durant sa minuscule ballade. Appelez cela l'instinct, hé.

Même l'aire où les speeders étaient garés ne proposait rien d'excitant. Son père lui avait subtilement demandé de voir si elle pouvait chaparder quelques bagages négligemment laissés...mais c'était peine perdue. Il y avait toujours au moins trois personnes dans le parking, en plus de ceux qui arrivaient et repartaient, qui guettaient les alentours mollement. Ils surveillaient.

Certains Tatooniens étaient étonnement solidaire, et il n'était pas rare de voir des communautés de fermier soudés faire la chasse aux indésirables.
A force de subir 27 attaques d'homme des sables par jour, les gens d'ici commençaient à se serrer un peu trop les coudes, avait songé Küruleth avec amertume. Cela rendait tout plus difficile quand les autres commençaient à s'unir. Impossible de voler sans qu'une milice vous courre après et vous encercle. Impossible de frapper un petit gamin sans que ses cinquantes copains vous tombent sur le coin du lard.

De son propre avis, Küruleth aurait volontiers fait un exemple de ces tocards communautaristes. Un petit raid sur leur village en bouse de bantha, quelques maisons incendiés, un ou deux ( voir trois ) tabassages dans les règles...et après cela, les pécores se seraient urinés dessus en se rappelant bien qu'ils n'étaient que des pécores, qu'ils soient unis ou non.

Mais, eh, personne ne demande l'avis d'une fillette de dix ans.
Alors Küruleth se contentait de regarder son père faire la carpette et se fondre dans la masse, plutôt que de voir les pécores baisser les yeux devant leur roi.
Et, manque de chance, le clan de Küruleth suivait la conduite de son père avec une lâcheté écœurante. Ils préféraient vivre comme des rats womp, lançant leurs petits raids sur des convois malingres, plutôt que de devenir les seigneurs du désert.
Küruleth avait l'impression d'être la seule à voir les choses en grand, mais visiblement, tout le monde se satisfaisait d'être des vulgaires pillards du désert qui ne faisaient trembler que les grands mères tétraplégiques.

L'enfant poussa un soupir.
Elle avait bien fait mine de se promener d'un air innocent entre les allées de speeder improvisées, remarquant d'ailleurs quelques sacoches bien imprudemment posées, mais les vigiles l'avaient tout de suite remarqué : ils ne l'avaient pas lâché du regard. En même temps, elle devait être la seule chose à surveiller...à moins que le crime ne fusse marqué sur son visage ?
Küruleth avait finis par se résigner : elle ne volerait rien, et devrait attendre. Attendre. Qu'y avait il de pire au monde dans la galaxie que de devoir attendre ?
On ne fait rien quand on attend. On est juste posé là, comme un objet en veille. Est ce qu'on vit vraiment quand on attend ? Est ce qu'on est qualifiable d'être vivant quand notre seule action se résume à ne rien faire ?
Pour Küruleth, pas vraiment. Elle avait tenté de tromper l'ennui en se cognant le front contre un des pots d'échappements du speeder. Au moins, quand on a mal, on est un peu vivant, se disait elle.
Le problème est que cette méthode lui faisait vraiment mal au crâne, alors elle décida bien vite d’arrêter.

Elle trempa ensuite son index dans le sable et se mit à y tracer des formes. Ce n'était que des lignes au hasard dans un premier temps, et puis elle décida de former des carrés. Une pensée brusque lui traversa l'esprit, alors qu'elle traçait son septième carré.

Et toi tu as fait quoi de ton aprèm ? Oh bah j'ai dessiné des carrés dans le sable.

L'enfant grimaça, et retira doucement son doigt du sable, avisant au passage son œuvre picturale. Si on faisait un gros effort d'imagination, on pouvait penser que cet imbroglio de carré ressemblait à un vaisseau spatial. Fait de carré.

Non mais non, ça ressemble à rien...

Dans un râle d'ennui, Küruleth laissa retomber son dos contre le speeder dans un claquement métallique. Son regard passa sur les soleils qui se poursuivaient dans le ciel. Elle avait le sentiment qu'ils n'avaient quasiment pas bougé depuis son arrivée ici.
Les hommes des sables pensaient que c'était deux divinités, ou quelque chose comme cela, qui se courraient après. Küruleth n'était plus très sure de ce que lui avait dit Gransty à ce sujet, mais c'était dans cet ordre d'idée.
L'enfant se demanda comment on pouvait être assez bête pour prendre un soleil pour un dieu. Enfin, on voyait bien que ces trucs n'étaient pas conscients non ? Ils ne réagissaient pas,  ne regardaient pas, ne mangeaient pas...et ne répondaient même pas quand on leur parlait. Cela dit, n'ayant rien de mieux à faire, Küruleth décida de retenter sa chance.

- Eh les soleils...

Pas de réponse. Elle ne se démonta pas pour autant.

- Dîtes, je sais pas si vous m'entendez, mais je me fais un peu chier, là...

Le silence. Un peu de vent. Et la vague impression d'être ridicule.

- Franchement je crois pas que vous soyez des dieux. Mais si vous faites en sorte que quelque chose, n'importe quoi, arrive, là, maintenant, tout de suite, je vous jure je croirais ptet en vous.

- Küru ? T'es restée ?

La voix surprise de son père prit l'enfant au dépourvue, qui sursauta maladroitement, manquant de gouter à nouveau au sable sur le sol. Son père était juste à sa droite, la dévisageant avec étonnement.
Est ce qu'il l'avait entendu ? Sans qu'elle ne sache pourquoi, l'enfant sentit du feu monter à ses joues, et la gêne la força à ne formuler qu'un son qui devait s'approcher de "Bllghgnmf".
Son géniteur se gratta le menton d'un air perplexe, accrochant dans le même temps un petit sac brun au speeder, que Küruleth ne remarqua que tardivement. Quand il lui parla, elle ne sut dire s'il était content ou étonné. Peut être les deux.

- Ben...je m'attendais pas à ce que tu m'écoutes, mais...enfin. C'est bien, pour une fois je vais pas m'plaindre. Tu veux une glace du coup ?

La question semblait tant sortir de nulle part que l'enfant eu l'impression qu'on lui assénait un coup de poing dans le cerveau. Elle haussa les sourcils.
Son père insista avec une pointe d'agacement.

- Une glace. J'ai vu un mec qui en vendait. Tu en veux une ?

Küruleth opina timidement du chef, incertaine de savoir si elle comprenait bien ce qui se passait. Son père sourit et lui mit une tape sur l'épaule, l'entrainant à nouveau vers la ville, avant qu'elle ne réalise qu'elle marchait avec lui.

- Bon bah viens. Tu as trouvé des trucs sur les speeders ?

Küruleth secoua négativement la tête.

- Nan p'pa. Y avait trop de monde.

- Tant pis. T'façon, ils sont tous pauvres dans ce bled, t'aurais pas trouvé grand chose.


Küruleth acquiesça distraitement, se retournant fugacement pour adresser un clin d’œil aux deux soleils de Tatooine.

Küruleth1

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